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Théories biologiques / théories politiques (1900-1945)

Théories biologiques / théories politiques (1900-1945)

Jeudi 16 juin 2022 | 9h30 à 18h
École normale supérieure - PSL
(en hybride)

Organisateurs :
Arto Charpentier (ENS PSL)
Marco dal Pozzolo (U. de Bourgogne)
Matteo Pagan (SNS Pise, EHESS)

Cet atelier de recherche prend place dans le cadre des activités du Centre International d’Étude de la Philosophie Française Contemporaine (CIEPFC), une composante de l’UAR 3608 La République des savoirs, ainsi que dans celles de l’UMR 8547 Pays Germaniques – Transferts culturels. Il bénéficie du soutien de l’EUR Translitterae grâce au projet “Philosophie en France et en Europe du XXe siècle à aujourd’hui : figures, réceptions, critiques” de Perrine Simon-Nahum et Caterina Zanfi.

Le but de cet atelier est d’explorer, sans prétention à l’exhaustivité, une série de tentatives d’articulation entre des théories biologiques et des théories politiques proposées en Europe et aux États-Unis au début du XXe siècle.

Si l’utilisation par les nazis d’une théorie biologique raciste à des fins de justification de leur politique d’extermination a mis un coup d’arrêt durable aux tentatives philosophiques pour articuler théories politiques et théories biologiques après 1945, cette éclipse ne saurait faire oublier l’extrême diversité des articulations proposées en ce sens au travers de l’histoire de la philosophie, selon des modalités conceptuelles et des orientations à la fois biologiques et politiques radicalement variées.

Cet atelier se propose d’examiner plusieurs de ces articulations, tirées des années 1900 à 1945, une période qui connait en Europe et aux États-Unis, un approfondissement et un déplacement des débats issus de la seconde moitié du XIXe siècle sur l’applicabilité de théories, de schèmes d’analyse ou encore de catégories venues des sciences biologiques au champ social et politique.

Notre but dans cet atelier est de réfléchir à la diversité de ces modalités possibles d’articulation, qu’elles relèvent d’un usage métaphorique ou analogique (des dynamiques internes au champ social et politique étant censées « mimer » des dynamiques des systèmes biologiques, ou vice-versa), de l’identification d’effets d’interaction entre ces deux niveaux (des processus biologiques intervenant dans des dynamiques sociales ou politiques pour en affecter le fonctionnement, ou inversement), ou encore de la postulation d’une véritable continuité entre ces deux plans (des dynamiques biologiques trouvant à se prolonger et à se développer dans le champ socio-politique). Nous entendons étudier plusieurs de ces tentatives d’articulations, afin d’analyser à chaque fois les enjeux philosophiques spécifiques qu’elles soulèvent, sur les plans aussi bien théoriques que pratiques. Nous entendons également problématiser la diversité de ces sites d’articulation qui font intervenir différents domaines des sciences du vivant, tels que la physiologie, la théorie de l’évolution, ou encore l’étude des milieux de vie.

Plus largement, la motivation sous-jacente à ce détour historique est pour nous de faire un pas de côté par rapport à la façon dominante dont les rapports entre vivant et politique ont été thématisés au sein de la philosophie contemporaine depuis les années 1970, à savoir au travers du paradigme biopolitique.  Si ce paradigme, qui a pu être développé notamment par Michel Foucault, Giorgio Agamben ou encore Roberto Esposito a assurément fait preuve de sa fécondité, en ouvrant des horizons multiples sur la façon dont des dynamiques biologiques ont été investies historiquement par des dispositifs de pouvoir et transformées en cibles de techniques de gouvernement, il n’en présente pas moins à nos yeux une série de limitations potentielles qui justifient cette tentative de décentrement.

En particulier, en examinant comment des dispositifs de pouvoir se sont appuyés sur des savoirs biologiques et des techniques bio-médicales, ces approches en termes de biopouvoir tendent parfois à proposer une vision trop unilatérale des rapports entre savoirs et pouvoirs institués, en présentant les sciences du vivant comme un champ univoque et unifié, faisant fi de la diversité des propositions qu’elles recèlent, des appropriations politiques variées dont elles ont pu faire l’objet, et des débats multiples dont elles sont traversées. De fait, comme l’illustrent plusieurs exemples évoqués – du laissez-faire de Spencer à l’anarchisme de Kropotkine, en passant par l’expérimentalisme démocratique de Dewey –, la référence à des théories biologiques a pu servir au début du XXe siècle pour justifier des positions politiques radicalement variées, qui bien loin d’être toujours alignées dans leurs intérêts avec la préservation de l’ordre établi, revendiquent parfois une dimension résolument critique et transformatrice.

Notre objectif au travers de cet atelier est donc de proposer une démarche historique à la fois alternative et complémentaire de l’approche foucaldienne, afin d’examiner d’autres articulations possibles entre biologie et politique, avec et au-delà du paradigme biopolitique.

Programme

9h30 Mots d’ouverture par Frédéric Worms (ENS PSL), et mots des organisateurs : Arto Charpentier (ENS PSL), Marco dal Pozzolo (U. de Bourgogne) et Matteo Pagan (SNS Pise / EHESS)

PREMIÈRE SESSION | Évolutionnismes

9h55 Catherine Malabou (Kingston University, UC Irvine): “L’Entraide : tendance naturelle ou construction institutionnelle ? Lire Kropotkine”

10h45 Caterina Zanfi (CNRS, ENS PSL) : “Un darwinisme néoromantique : le monisme politique d’Haeckel”

[Pause-café]

11h50 Barbara Stiegler (Bordeaux-Montaigne) : “Théorie de l’évolution et démocratie. Nietzsche et le pragmatisme américain”

12h40 Discussion de la première session

[13h-14h20 : Buffet]

DEUXIÈME SESSION | Biopolitique et milieux de vie

14h20 Ferhat Taylan (Bordeaux-Montaigne) : « Road to survival. Malthusianisme et biopolitique dans les réflexions environnementales aux États-Unis (1900-1950)”

15h10 Mathieu Arminjon (HESAV, Lausanne) : « Sélectionner ou protéger ? Walter B. Cannon et les fondements politiques de la physiologie du stress »

[Pause-café]

16h30 Andrea Angelini (Florence, Pise) : « Biopolitique, technologie, écologie : entre Foucault et Canguilhem »

17h20 Discussion générale et conclusion de la journée

Ernst Haeckel Kunstformen der Natur (1904)

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