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Hériter, traduire, commenter

By 23 septembre 2022octobre 4th, 2022Colloques & Journées d'études, Non classé

Hériter, traduire, commenter : écritures et lectures croisées de Dante, Mandelstam, Celan

13, 14 & 15 octobre 2022

Organisateurs :
Marc Crépon ( CNRS - ENS)
Ginevra Martina Venier ( ENS - ED540 - Archives Husserl )
Maria Galkina (ENS – ED540 - Archives Husserl)

          Au mois d’octobre 1965, à l’occasion d’une célébration pour le sept-centième anniversaire de Dante, Anna Akhmatova prononça une allocution au théâtre Bolchoï, dans laquelle elle se risqua à évoquer la passion pour Dante de Goumiliov (fusillé en 1921) et de Mandelstam (mort en camp en 1938), dont le nom était encore proscrit. L’Entretien sur Dante, du second, fut le dernier texte qu’il rédigea avant de disparaître dans la plaine de la Kolyma. Resté inédit du vivant du poète, il fut le premier à être publié en 1967, au terme de quarante années d’effacement progressif puis définitif des maisons d’édition et des librairies. Dès 1923, Mandelstam écrivait du grand poème de Dante qu’il était « le pamphlet politique le plus important de son temps ». En 1930, alors que, dans La quatrième prose, il témoignait de la dégradation de ses relations avec le milieu très officiel de l’édition, dans l’ombre du pouvoir, c’est un vers de La Divine Comédie qui déjà lui était revenu : « Et tout faisait peur comme dans un rêve. Nel mezzo del cammin di nostra vita — au milieu du chemin de ma vie, je fus arrêté dans la profonde forêt des soviets par des bandits qui s’intitulèrent mes juges ».  Dans l’essai rédigé en 1933 son insistance sur l’histoire d’Ugolino (Chant XXXIII de l’Enfer) atteste au demeurant que, lisant Dante, le poète russe y trouvait autant la matière d’une réflexion cruciale sur la poésie que le prétexte d’une méditation sur la terreur.

          En 1959, un peu plus de vingt ans après la date du décès de Mandelstam, alors que son nom était encore proscrit en URSS, Paul Celan publia, pour la première fois en Europe, un volume entier de traductions de Mandelstam.  Dans la notice qu’il rédigea en guise de préface, il soulignait à quel point ces « poèmes d’un naufragé, sauvés du naufrage et reparaissant au jour, nous concernent, nous les hommes d’aujourd’hui ». Un peu plus loin, il précisait que « ce qui s’était inscrit au cœur de cette poésie, le consentement profond et par là-même tragique qu’elle accordait à son temps », traçait également son chemin au poète.

        Mandelstam pour Dante, Celan pour Mandelstam furent ce que le poète russe appelait un « interlocuteur providentiel » — un interlocuteur qui, pour chacun, sût déceler dans la poésie et dans le destin d’un autre l’incarnation exemplaire de cette ligne de fracture qui définit, dans le langage et grâce au langage, la résistance de la poésie aux pouvoirs, institutionnels, littéraires, politiques, établis. Commenter, traduire furent pour l’un et pour l’autre le dénominateur commun attestant ce que Celan appelait, à propos de Marina Tsvetaeva, une « fraternité en poésie ». C’est à explorer les voies de cette « communauté d’écriture et de pensée » que soutiennent, plus généralement l’interprétation et la traduction de chacun de ces trois poètes, aux écritures croisées, que seront consacrées les journées du présent colloque.

Programme

Journée I

48, boulevard Jourdan (Amphithéâtre Jourdan)

JEUDI 13 OCTOBRE 2022

9.30 – 10.00

Mots d’accueil

Marc Crépon, Maria Galkina, Ginevra Martina Venier

10.00 – 10.40

René de Ceccatty

Dialoguer avec Dante

11.40 – 11.20

Jean-Pierre Ferrini

Mandelstam et les écritures de Dante

Pause : 11.20 – 11.30

11.30 – 12.10

Marc Crépon (CNRS – ENS)

Considération de la poésie : une lecture de Mandelstam

12.10 – 12.50

Maria Galkina (Archives Husserl – ED 540 –  ENS)

Terre noire de la langue: le poème Tchernoziom de Mandelstam comme mouvement de désubjectivation

Pause déjeuner : 12.50 – 14.30

14.30 – 15.10

Dominique Combe ( République des Savoirs – ENS)

Dans le secret de la rencontre – Bonnefoy, Celan, Mandelstam

15.10 – 15.50

Ginevra Martina Venier  (Archives Husserl – ED540 – ENS)

Lire Dante au XXe siècle

Pause : 15.50 – 16.00

16.00 – 16.40

Mario Ranieri Martinotti (ED 540 – ENS)

Dante, Auerbach, Lukács et nous. D’une interlocution providentielle au réalisme

Journée II

48, boulevard Jourdan (Amphithéâtre Jourdan)

VENDREDI 14 OCTOBRE 2022

10.00 – 10.40

Clément Fradin (ITEM – Translitteræ)

Le « littéralisme » de Paul Celan

10.40 – 11.20

Bertrand Badiou (ITEM – ENS)

Paul Celan 1965 – Politique: l’Allemagne dans tous ses états (fragment d’un travail biographique en cours)

Pause : 11.30 – 11.40

11.40 – 12.20

Danielle Cohen-Levinas

Écouter battre le cœur de la langue

12.20 – 13.00

Luba Jurgenson (Sorbonne Université)

Vers du soldat inconnu de Mandelstam et de leur « traduction » par Varlam Chalamov

Pause déjeuner : 13.00 – 14.30

14.30 – 15.10

Martin Rueff (Université de Genève)


La bouteille et les avions : lecture de l’
Entretien sur Dante d’O. Mandelstam

15.10 – 15.50

Viviana Agostini-Ouafi (Université de Caen)

Dante, Pézard, et « Le Glaive de la Comédie » : littérature, traduction et vie

Pause : 15.50 – 16.00

16.00 – 16.40

Angelo Vannini (Université Paris 8)

La volonté d’être poète : Pasolini, Dante, Gramsci

Journée III

45, rue d’Ulm (salle Weil)

SAMEDI 15 OCTOBRE 2022

10.00 – 10.40

Marc Weinstein (Université d’Aix-Marseille)

Pouvoir dans la poésie et la prose de Mandelstam

10.40 – 11.20

Jean-Claude Schneider

Découvrir Mandelstam de la main de Celan et le traduire en pensant à l’Entretien sur Dante et au Méridien

Pause : 11.20 – 11.30

11.30 – 12.10

Werner Wögerbauer

Le couronnement au dehors. Le poème Hinausgekrönt (« Poussé au dehors sous une couronne ») de Paul Celan

12.10 – 12.50

Denis Thouard (sous réserve)

Lire pour corriger : Celan, Dante

12.50 – 13.30

Mireille Gansel

Nelly Sachs-Paul Celan : de Personne à Homme-Néant

Pause déjeuner : 13.30 – 15.00
Conclusion du colloque

Marc Crépon, Maria Galkina, Ginevra Martina Venier

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