Projet

Colloque

Autre manifestation

Les spectacles de curiosité au XIXe siècle
Séminaire, Recensement des sources, constitution d’un groupe de recherche, Organisation d’un colloque, création d’un site internet et publications

Porteuse du projet : Valérie Pozner (THALIM)

Thématique

 

Les spectacles publics en France, au XIXe siècle (à partir du décret impérial du 8 juin 1806, précisément), sont répartis, juridiquement, en deux catégories : le théâtre et, si l’on peut dire, le non-théâtre : les spectacles de curiosité. Cette catégorie, définie négativement, est ouverte et disparate. On y trouve le panorama, le cosmorama, le diorama, les exercices d’équitation, les combats d’animaux, la danse de corde, les exercices d’adresse et d’agilité, les bals, les concerts, les cafés-concerts, les spectacles de marionnettes, les tableaux vivants, les cabinets de figures de cire, les spectacles de physique et de magie et même le premier cinéma… Des entreprises prestigieuses auxquelles le roi ou l’empereur ne dédaignent pas d’accorder une visite en relèvent aussi bien que les modestes exhibitions de saltimbanques considérés comme des délinquants en puissance. Les contours de la catégorie paraissent incertains. Cependant, si hétéroclite qu’elle paraisse, la catégorie des spectacles de curiosité est loin d’être sans unité. Si les spectacles de curiosité subissent des contraintes réglementaires et économiques, ils supportent peu de contraintes esthétiques : ils ne sont pas soumis à un canon ou tributaires d’une tradition. Ils sont au contraire, en général, le fruit de l’innovation, de l’invention. Mais ils cristallisent aussi, sous couvert de divertissement, des aspirations et des angoisses diffuses, secrètes, laissent émerger des soucis obscurs qui intéressent des questions essentielles : la relation à l’espace (le panorama), la fiabilité des sens, la vérité (la panorama, le diorama, la prestidigitation), la limite des possibilités des corps (l’acrobatie, le cirque), l’animalité (le cirque), la folie, l’anormalité (le café-concert), la mort (les figures de cire, la fantasmagorie), le temps (le premier cinéma)… D’une manière générale, ces spectacles visuels, sensoriels (mais qui suscitent, il faut y insister, une abondante production de discours) interrogent, intimement, le corps, et ils expérimentent.

Les spectacles de curiosité sont ainsi des fenêtres ouvertes sur l’impensé du XIXe siècle. S’ils sont l’autre du théâtre, ils laissent aussi secrètement entrevoir un autre de la société policée et de la rationalité.

Danièle Ansermet, Crépuscule