Avril/mai 2020

Le Traité du sublime de « Longin » dans le contexte de la culture intellectuelle du début de l’époque impériale

Le projet s’inscrit dans les axes A et B. Il s’inscrit dans l’axe A par son ambition de présenter une nouvelle traduction commentée du Traité du sublime. Il s’inscrit dans l’axe B en ce que 1) il s’intéresse à la réception et à la réélaboration des théories rhétoriques grecques dans le cadre du milieu culturel bilingue de la société du début de l’époque impériale, 2) il précise les contours d’une théorie rhétorique qui connaîtra une abondante postérité et 3) il prend également en considération l’histoire de la réception et des interprétations successives du Traité du sublime.

Partenariats institutionnels : Département de Philosophie et Département des sciences de l’Antiquité.

 

Le Traité du sublime de « Longin » est une œuvre séminale de la tradition occidentale, et son étude ne peut être séparée de l’histoire de sa réception. C’est un ouvrage de rhétorique qui semble travaillé par une réflexion philosophique qui excède le cadre de la rhétorique. Une telle impression est en partie un effet de la très riche postérité philosophique du sublime, qui a orienté de façon décisive la lecture de l’œuvre. Le mouvement actuel de la recherche suit une direction inverse. On s’est employé à resituer le Traité du sublime aussi précisément que possible dans les débats rhétoriques de son temps, en précisant en particulier les rapports qu’il entretient avec Denys d’Halicarnasse et avec Caecilius. Les connaissances dans ce domaine ont notablement progressé, et nous voudrions à la fois en faire le bilan et poursuivre l’effort, par une contextualisation intellectuelle et historique plus large, afin de parvenir à une plus juste appréciation des positions avancées par l’auteur. L’un des enjeux de la question est de sortir de la dichotomie rhétorique/philosophie et de reprendre à nouveaux frais, sans tomber dans le piège de l’affiliation philosophique, l’étude de la façon dont une culture philosophique a été mobilisée au service d’une réflexion sur le sublime ; les contours de cette culture philosophique seront au demeurant à préciser. La finalité pratique du projet est de produire une nouvelle traduction commentée du Traité du sublime, en croisant les regards des spécialistes de philologie classique et de philosophie ancienne. La première étape du projet est d’organiser au second semestre de l’année universitaire 2019-2020 un séminaire associant le Département de philosophie et le DSA. Ce séminaire hebdomadaire, organisé par Dimitri El Murr (DPh), par Camille Rambourg (DSA) et par Jean Trinquier (DSA), se propose d’entamer le travail décrit ci-dessus, qui sera avant tout un travail suivi sur le texte, en y faisant activement participer les étudiants de façon à les former à la recherche. Il sera assuré sans financement particulier par les enseignants concernés. La dernière séance de ce séminaire prendra la forme d’une journée d’études commune aux deux départements et financée par eux, sur le modèle de celle qui s’est tenue sur la mimèsis le 15 février 2019. Le but de ce séminaire est aussi de parvenir à définir une problématique ciblée et pertinente autour de laquelle sera construit et organisé l’année suivante, en coopération étroite avec les étudiants ayant participé au séminaire, un colloque international sur le Traité du sublime.

Nous souhaiterions associer à ce premier volet du projet comme à ses développements futurs notre collègue néerlandais Casper de Jonge, de l’Université de Leyde, qui a pris par ses nombreux travaux sur la question une part déterminante dans cette réévaluation du Traité du sublime. Casper de Jonge assurerait quatre séances du séminaire et participerait à la journée d’études.

– La première séance servira à discuter la date du Traité du sublime et à reprendre la question débattue de l’identité de son auteur. Le traité appartient-il à l’époque augustéenne, comme C.M. Mazzucchi l’a proposé, au Ier s. p.C., comme le veut D. Russell, est-il à l’inverse l’ouvrage du philosophe du IIIe s. Cassius Longin, comme M. Heath persiste à le soutenir? Les arguments des uns et des autres seront discutés.

– La deuxième séance portera sur Sappho. Le choix du fragment 31 peut paraître surprenant dans un traité rhétorique. Dans la critique littéraire antérieure, Sappho est présentée comme le modèle du charme élégant et de la composition lisse. « Longin » assigne un rôle complètement nouveau à la poétesse, en faisant entrer l’expérience amoureuse destructrice de Sappho en résonance avec les scènes de naufrage de la poésie d’Homère et d’Archiloque.

– La troisième séance portera sur la composition. On montrera que la théorie de la composition de « Longin » appartient à la même tradition que celle de Denys. L’un et l’autre se concentrent sur la mélodie et le rythme, comparent la composition stylistique à la musique instrumentale, appliquent